L’un est arrivé en avance, l’autre déboule dans la pièce en s’excusant du retard. A première vue, Nicholas* et Diego* n’ont rien en commun. Le premier, élancé, porte un élégant costume gris. Le second, plus petit, est en jeans, sweat, baskets. Les deux hommes ne viennent pas du même milieu, pourtant ils ont tissé un lien plus solide que bien des amis, bien des frères même. Deux fois par mois, ils se rencontrent rue de Lausanne 54, à Genève. L’heure et demie qu’ils partagent commence et se termine par une accolade. Entre les deux, un moment précieux: le récit de leurs défaites et de leurs victoires dans la guerre contre la dépendance.
L’hiver, le récit se tisse un thé à la main. En début de séance, Loïc Michaud, infirmier responsable à Checkpoint Genève, une association de santé communautaire LGBTQ +, pose le cadre. «On lève la main pour prendre la parole. On a le droit de changer d’avis sur ce qu’on a dit la dernière fois. On parle en «je», on évite les généralités. On partage son expérience personnelle. Tout ce que vous entendez ici, qui que vous voyez, s’il vous plaît, laissez-le ici.» Et en guise d’ultimes consignes: «Je vous invite à ne pas citer le nom des produits que vous consommez pour la sécurité de tout le monde. Je vous rappelle à toutes fins utiles que les approches de séduction n’aident pas au rétablissement.» Sourires amusés, message reçu, objectif connu: tenir le craving – cette envie irrépressible de consommer – à distance.
*noms d’emprunt
Lire l’article dans LE TEMPS : «Bonsoir. Diego, dépendant en rétablissement»: le chemsex, s’y perdre et en sortir après des années de rapports sexuels sous substances