Afin de marquer la Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie du 17 mai, Dialogai a participé à la cérémonie de solidarité organisée à Genève en hommage aux victimes de LGBTIQphobies à travers le monde, et en mémoire de Bartholomé Tecia, collégien de 15 ans exécuté en 1566 pour « crime de sodomie ».
Cette cérémonie, initiée par la Ville et le Canton de Genève, est portée par les associations LGBTIQ+ genevoises. Elle a été organisée par le Service Agenda 21–Ville durable, en collaboration avec Network Genève et Dialogai.
Nous saluons tout particulièrement l’initiative de Network Genève, à l’origine de la plaque commémorative inaugurée en 2013 à la place Bel-Air grâce à l’engagement de Jean-Claude Humbert et Dominique Rachex. Cette plaque rappelle notre devoir de mémoire envers toutes les personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle, affective, ou de leur identité de genre.
Nous remercions chaleureusement les autorités présentes, dont Alfonso Gomez, Conseiller administratif de la Ville de Genève en charge de l’égalité et de la diversité, Thierry Apothéloz, Conseiller d’État chargé de la cohésion sociale et Nicolas Walder, conseiller national.
La cérémonie a été portée avec sensibilité et humanité par Julien Abegglen, célébrant et interprète.











Discours
Discours de Thierry Apothéloz, Conseiller d’État
Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer une mémoire, mais aussi pour affirmer une responsabilité.
Cette Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie est un temps fort, une pause nécessaire dans nos agendas pour faire ce que l’on ne fait jamais assez : nommer les violences, reconnaître les blessures, et surtout, réaffirmer notre engagement envers celles et ceux que la société continue, encore aujourd’hui, à marginaliser.
Cette cérémonie est née du besoin de rendre visible une histoire longtemps tue. Elle trouve sa source dans un événement tragique : l’exécution de Bartholomé Tecia, adolescent de 15 ans, tué à Genève en 1566 pour ce que l’on appelait alors un « crime de sodomie ». En réalité, il fut exécuté pour avoir aimé, ou simplement pour avoir été perçu comme différent, comme trop sensible, trop atypique, trop dérangeant.
Pour bien comprendre la portée de cet acte, il faut le replacer dans son contexte. À cette époque, Genève est en pleine mutation. En 1560, la ville compte environ 10 000 habitant·e·s. Vingt ans plus tard, en 1580, elle en compte le double. Cette croissance fulgurante ne tombe pas du ciel : elle est le résultat d’un afflux massif de réfugié·e·s, chassé·e·s par les violences religieuses, notamment après la nuit sanglante de la Saint-Barthélemy, en 1572, en France.
Alors oui, vous vous demandez peut-être où je veux en venir. Mais regardons cette époque de plus près : une guerre de religion quasi civilisationnelle, des flux migratoires soudains, une précarité rampante, une peur de perdre ses repères. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?
Je crois sincèrement qu’un même cocktail explosif se rejoue aujourd’hui, sous d’autres formes. Nous ne vivons plus dans la Genève du XVIe siècle, mais nous faisons face à des tensions similaires.
Dans ce climat d’incertitude, les personnes LGBTIQ+ sont à nouveau désignées comme des cibles. On les accuse de déranger l’ordre établi, d’incarner une idéologie, d’être les symboles d’un « wokisme » qu’il faudrait combattre. Et cette stigmatisation, alimentée par des discours haineux, se diffuse désormais à très grande vitesse, notamment en ligne.
Alors cette cérémonie n’est pas un simple rituel. Elle est un acte de résistance. Une manière de dire : « nous n’oublions pas, et nous n’acceptons pas ». Elle nous rappelle que la mémoire n’est pas figée dans une plaque commémorative. Elle est vivante, elle nous parle du présent, et elle nous oblige à l’action.
Et l’action, elle passe aussi par des choix politiques concrets. Aujourd’hui, il faut le dire : les coupes budgétaires qui touchent la Genève internationale et les organisations de défense des droits humains ont des conséquences directes et profondes.
Moins de moyens, c’est moins de protection, moins de prévention, moins d’accompagnement pour celles et ceux qui sont déjà fragilisés par la discrimination. Les organisations non gouvernementales (ONG), qui œuvrent sans relâche pour la défense des droits des personnes LGBTIQ+, sont des acteurs indispensables de cette lutte. Et aujourd’hui, elles font face à des défis majeurs.
Le 16 avril dernier, le Conseil d’Etat a soumis à la commission des finances du Grand Conseil une demande de crédit supplémentaire de 10 millions de francs pour venir en aide aux ONG genevoises. Ce financement, en réponse aux coupes dans l’aide internationale décidées au niveau fédéral, fait suite au vote du Grand Conseil du 14 février 2025 du PL13593, relatif aux aides financières extraordinaires de l’Etat destinées aux ONG touchées par le gel de l’aide internationale (LAFONG).
Ce soutien financier est une réponse nécessaire, un signal de solidarité envers les organisations qui travaillent pour les droits humains, et un acte concret pour ne pas laisser les personnes LGBTIQ+ seules face aux défis qui se posent.
En parallèle, les collectivités publiques de proximité, comme la Ville de Genève, mais aussi les associations, continuent d’être ces premiers remparts contre les violences et la discrimination. Elles sont souvent les premières à intervenir, à soutenir les personnes LGBTIQ+, à organiser des espaces sûrs et des actions de sensibilisation.
Le Bureau de promotion de l’égalité et de prévention des violences (BPEV) joue un rôle central dans ce travail de proximité, en soutenant les initiatives locales et en facilitant les échanges entre autorités et acteurs de la société civile.
La Commission consultative LGBTIQ+, présidée par le BPEV, est un autre exemple de la manière dont Genève s’engage activement dans un dialogue continu entre les autorités publiques et les associations. Elle est essentielle pour garantir que les politiques publiques prennent en compte les réalités vécues par les personnes concernées.
Cette journée n’est pas seulement un rappel des souffrances encore endurées par beaucoup aujourd’hui, elle est aussi un appel à l’action. Elle nous rappelle qu’il existe des personnes, des communautés, des institutions prêtes à se battre pour un monde plus juste. Ce n’est pas un combat réservé aux LGBTIQ+, mais à toutes celles et ceux qui croient en la dignité humaine.
Nous ne sommes pas ici pour honorer uniquement le passé, mais pour affirmer haut et fort que nous ne tolérerons pas la persécution, la marginalisation ou le silence imposé à quiconque en raison de son identité ou de son amour. Genève, terre de refuge, doit continuer à incarner cette idée. La solidarité, l’inclusion et le respect ne sont pas des options, mais des impératifs. Partout où ces valeurs s’expriment, elles se traduisent en succès, comme en témoigne l’histoire de notre territoire, à travers les siècles.
Discours de Aytana Acher, Membre du comité de Dialogai
Madame, Monsieur, cher.ère.x.s représentant.e.x.s et associations, cher.ère.x.s tousxtes, Monsieur le Conseiller administratif Alfonso Gomez, Monsieur le Conseiller d’Etat Thierry Apothéloz,
C’est avec deuil, mais également espoir et gratitude que je me joins à vous aujourd’hui en tant que membre du comité Dialoguai pour commémorer cet événement historique et clôturer la campagne contre les discriminations à l’encontre de la communauté lgbtiq +. En tant que femme trans*, je suis particulièrement touchée par votre engagement et je vous remercie de votre présence. Comme énoncé avant moi, le cyber harcèlement est une forme de discrimination réelle, qui, je peux l’attester par mon expérience personnelle, touche un nombre conséquent de mes adelphes. Il est important de connaître son impact, qui peut être chez beaucoup d’entre nous un sentiment d’insécurité, une forme de désespoir, de la dépression et qui peut parfois aller jusqu’à la mort.
Les lois à l’internationale et les discours d’ignorance et de haine à l’égard de notre communauté et spécialement à l’encontre des personnes trans* n’ont fait qu’aggraver ces tristes conséquences.
Le role de nos associations et campagnes est majeur dans la lutte contre ces violences, et de la montée de l’obscurantisme. Elles sauvent des vies. Elles nous donnent des espaces secures et des ressources nécessaires à notre bien-être. L’éducation, l’accueil, la solidarité et la bienveillance permettent à nos expériences de vie de s’alléger et de trouver repos et soin.
Elles nous aident à nous émanciper, à nous soutenir les uns, les unes et les autres afin d’insuffler un vent d’optimisme dans nos vies. De nous souvenir que nous méritons d’être libres des poids injustes qui pesaient sur nous, et de la joie et l’amour que peuvent être nos existences. C’est dans ces perspectives que nous travaillions et vers un monde meilleur vers lequel nous nous dirigeons.
Merci beaucoup.