Le 29 janvier 2025, Dialogai a eu le plaisir d’accueillir de nombreuses personnes pour son Cocktail de rentrée, un moment d’échange et de convivialité réunissant donateur·ice·x·s, militant·e·x·s, membres et personnalités engagées, au Musée de l’Ethnographie.
Lors de la partie officielle, plusieurs intervenant·e·x·s ont pris la parole pour partager leur engagement envers les personnes LGBTIQ+ et leur soutien aux actions de Dialogai :
- Matthias Erhardt, Président de Dialogai
- Christina Kitsos, Maire de Genève
- Carole-Anne Kast, Conseillère d’État
- Dr. Jérôme Salomon, Sous-Directeur général de l’OMS
Retrouvez ci-dessous les vidéos de ces prises de parole et le témoignage (texte) d’un·e·x jeune ayant fréquenté Le Refuge Genève.
Témoignage d’un jeunes ayant fréquenté le Refuge Genève
« Ces derniers jours, j’assiste impuissant au climat d’une situation que de nombreuses personnes trans* déplorent déjà depuis longtemps : l’éloignement de nos réalités avec celles des autres personnes LGBTQIA+.
Depuis des années, la communauté trans* prévient : la haine et la déshumanisation à notre égard se banalisent, des projets de lois transphobes sont présentés et parfois appliqués, la répression policière contre nos mouvements augmente, nous sommes précaires, nos accès à la santé, à la parentalité, à la justice et à l’espace public restent remis en question et nous continuons de compter nos mort.e.x.s. Face à cela, le silence.
Cette dernière semaine, le silence des personnes cisgenres a envahi les réseaux sociaux, les rues et nos vies personnelles, et celui qui a peut-être été le plus marquant, c’est celui de notre propre communauté. Celui des personnes pour lesquelles nous avons lutté, en se disant que viendrait le temps où l’on se battrait aussi tousxtes ensemble pour nos droits, et qui aujourd’hui semblent abandonner cette promesse collective.
Aux Etats-Unis, ce que l’on redoutait s’est produit. Dès le lendemain de l’élection de Donald Trump, les lignes de prévention anti-suicide à destination des personnes LGBTQIA+ affirment avoir enregistré une augmentation du nombre d’appels de 700%.
Après à peine une semaine sous l’extrême-droite, les changements de sexe à l’état civil sont interdits, et celleux qui ont eu la chance de l’avoir déjà fait devront revenir en arrière quand iels iront, inévitablement, refaire leur passeport. Certain.e.x.s personnes trans* ou membres du personnel administratif témoignent que les pièces d’identités de celleux qui étaient venu.e.x.s, dans l’urgence, faire ces procédures ont été confisquées « en attendant que des directives plus claires arrivent ».
Les faibles législations sur le contrôle des prix des médicaments disparaissent. Les personnes trans* sont maintenant automatiquement incarcérées dans les prisons selon leur sexe assigné, et pour beaucoup de personnes transféminines cela représente une sentence de mort.
Les personnes queer ayant immigré aux Etats-Unis, cherchant un endroit où leurs vies seraient meilleures ou moins en danger, sont actuellement massivement arrêtées par les services d’immigration et déportées vers leur pays d’origine. Les néonazis et fascistes états-unien.ne.x.s responsables de la tentative de coup d’état du 6 janvier 2021 ont été relâché.e.x.s. Iels sont armé.e.x.s et, entre autre, violemment transphobes.
L’envoi de médicaments contre le VIH vers des pays en ayant besoin est stoppé.
Les politiques d’inclusion à l’école ou au travail sont remises en question. Les grandes entreprises qui se rendaient à nos Pride et faisaient du profit sur les personnes queer pendant le mois de juin, comme Amazon, McDonald, Walmart, ou Meta, ont sauté sur l’occasion pour annuler les quelques mesures d’inclusions et efforts symboliques en faveur de la communauté LGBTQIA+, et il n’y a aucun doute quant au fait que d’autres les suivront.
Les réseaux sociaux comme Instagram ou Tiktok, qui ont pu être des lieux de communauté et d’organisation pour les personnes queer, notamment les plus isolées et les plus jeunes, sont maintenant ouvertement des lieux de propagande visant à mettre en avant l’agenda du président et à rentrer dans ses bonnes grâces.
Ces dernières années, la haine anti-trans* a fait un bond en avant, et a participé à radicaliser des franges entières de la population : des études ont ainsi montré qu’en interagissant sur différents réseaux sociaux avec des contenus transphobes, les algorithmes commençaient à mettre en avant des discours de plus en plus conservateurs et violents.
On peut aussi trouver parlant le témoignage de ces leaders de groupes suprémacistes violents américains se réjouissant de l’impact très positif des paniques morales anti-trans* sur leur nombre de nouveau.elle.x.s adhérent.e.x.s.
En Europe, la haine anti-trans* est aussi montante. Elle se manifeste par des projets de lois contre les droits des personnes transgenres, notamment les plus jeunes, par la multiplication d’associations de « protection » des femmes et enfants contre « l’idéologie transgenriste », par les universitaires, auteuricexs et politiques qui se parent de bon sens et de rationalité pour exprimer dans les médias leur opinion sur « la réalité biologique », sur le « wokisme » et sur la « théorie du genre », ou par la banalisation et la montée de l’extrême-droite réactionnaire et conservatrice qui, par définition, ne voudra jamais de l’avancée sociale que représente l’élargissement de nos droits.
En Suisse, il y a peu de doute que nos politiques suivront cette direction que prennent déjà nos voisin.e.x.s français.e.x.s, italien.ne.x.s et allemand.e.x.s. Plus lentement peut-être, mais n’oublions pas que nous y vivons une réalité différente : là où on voit ailleurs un retour en arrière par étapes, commençant par les droits les plus fraîchement acquis, il y aura chez nous peu de ces étapes à franchir.
Je ne pense pas avoir besoin de vous rappeler à quel point le mariage homosexuel est un droit récent ; la transphobie n’est même pas légalement interdite et les parcours médico-légaux des personnes trans* sont remplis d’incertitudes et de flous juridiques.
Aujourd’hui je me sens triste et j’ai peur. J’ai l’impression que certain.e.x.s d’entre nous ont le privilège de pouvoir être perçu.e.x.s comme « respectables », « normal.e.x.s », « rationnel.le.x.s », et qu’iels choisissent de l’utiliser.
Nous avons vu ces dernières années fleurir des groupes comme « Gay against groomer » ou « LGB without the T », et des personnalités LGBTQIA+ se tourner vers des partis conservateurs en entretenant l’idée qu’il y aurait, au sein de notre communauté, celleux qui savent bien se tenir et mériter leurs droits, et celleux qui exagèrent, qui sont trop politiques, qui en demandent trop. Et je pense que cette volonté est en partie compréhensible : oui, dans ce moment d’augmentation des violences LGBTQIA+phobes, il y a quelque chose de rassurant dans le fait de s’en distancer en se disant, voire en disant, qu’elles ne sont pas dirigées contre nous mais contre les autres, les queers les plus « bizarres » ou les plus radical.e.x.s.
Je pense que la honte et la peur sont des expériences partagées par beaucoup d’entre nous, et que, sans savoir quoi en faire, nous pouvons être tenté.e.x.s de nous désolidariser des parties de nos communautés qui sont encore perçues par la société comme incompréhensibles et inacceptables.
Mais aujourd’hui je pense à celleux qui, dans ma communauté, sont plus marginalisé.e.x.s que moi. Je pense à nos adelphes racisé.e.x.s, séropositif.ve.x.s, genderqueers, fols, butch, handicapé.e.x.s, neurodivergent.e.x.s, transféms, précaires, travailleureusexs du sexe, musulman.e.x.s, immigrant.e.x.s, mineur.e.x.s, sans papiers, sans domicile fixe, en thérapie de conversion ou emprisonné.e.x.s. Les personnes pour lesquelles la lutte queer est, qu’elles le veuillent ou non, vitale et fondamentalement politique. Les personnes qui, aux intersections entre les identités queers et d’autres identités marginalisées, ne peuvent pas être perçues comme acceptables. Celles qui vivent la violence au quotidien, qui ont besoin d’argent pour manger, d’obtenir le droit d’asile, de logements dignes, de médicaments et d’hormones intégralement remboursées.
Depuis le début, ce sont ces mêmes communautés qui ont joué un rôle crucial dans la lutte pour l’égalité des droits et la reconnaissance des personnes LGBTQIA+ au sein de la société.
Je pense que nous avons une responsabilité envers l’ensemble de la communauté queer. La responsabilité d’être à l’écoute de nos besoins divers et également importants.
Nous avons la responsabilité de ne laisser personne derrière, de ne pas nous contenter d’allumer une bougie à chaque Journée du Souvenir Trans, mais de lutter chaque jour pour qu’il n’y en ait pas un.e.x de plus.
Et je pense qu’aujourd’hui nous avons la responsabilité de trouver une manière de faire communauté et de recentrer nos actions sur le soutien des plus marginalisé.e.x.s d’entre nous qui vivent la montée des mouvements conservateurs de plein fouet, notamment l’augmentation horrifiante de la précarité et des risques suicidaires chez les jeunes personnes queers.
Avec les temps qui viennent, nous aurons besoin de communautés solides et solidaires. Nous aurons besoin d’être organisé.e.x.s, de rester concentré.e.x.s. Nous aurons besoin de liens de soin et d’entraide, de pouvoir compter sur celleux d’entre nous qui peuvent avoir un salaire, un logement, un statut légal, une assurance santé.
Nous aurons besoin que nos organismes queers soient adaptés à notre diversité de genre, de corps, de parcours et de situation.
Nous aurons besoin d’espoir. Et nous aurons besoin de pouvoir compter sur la promesse que si cela est un jour nécessaire, nous nous réunirons à nouveau pour lancer des briques et exiger notre droit d’être en vie et d’en être fière.x.s. »