Rencontrez Cassandra Grandjean, animatrice au Refuge Genève. Travailleuse sociale engagée, son parcours dans l’accompagnement de publics précarisés et de jeunes en difficulté l’a menée à soutenir et accompagner les jeunes LGBTQIA+. Elle partage son engagement, sa vision des enjeux pour 2025 et ce qui donne du sens à son travail au quotidien.
Quel est ton parcours ?
Je m’appelle Cassandra Grandjean, j’ai 32 ans et je suis travailleuse sociale. Mon parcours m’a amenée à accompagner des publics aux profils variés, avec toujours la même volonté : créer du lien, soutenir et accompagner les personnes dans leurs parcours de vie.
J’ai débuté mon expérience professionnelle à Quai 9, une salle de consommation qui a pour but de réduire les risques liés à la consommation de substances, où j’ai pu travailler au plus près d’un public en grande précarité. Cette expérience m’a permis de développer une approche non-jugeante, bienveillante et humble face à cette population trop souvent marginalisée et stigmatisée.
Par la suite, j’ai rejoint la Fondation Officielle de la Jeunesse, où j’ai accompagné des adolescents placés en foyer. Ce travail m’a confrontée à des réalités compliquées, nécessitant une approche adaptée à chaque jeune, entre soutien éducatif, écoute et mise en place de repères sécurisants.
Aujourd’hui, grâce à ces expériences, je continue à m’investir dans l’accompagnement social avec la conviction que chaque individu mérite un soutien adapté à son parcours et à ses besoins.
En quoi consiste ton travail au Refuge Genève ?
En tant qu’animatrice au Refuge Genève, j’accompagne et soutiens les jeunes LGBTQIA+ en leur proposant un espace d’accueil. Mon rôle consiste à assurer un cadre sécurisant et chaleureux, en favorisant l’écoute, le dialogue et les moments de partage. J’organise et j’anime des activités collectives visant à renforcer le lien social, l’estime de soi, l’autonomie des jeunes et l’affirmation de soi.
Selon toi, quels seront les grands enjeux pour le Refuge Genève en 2025 ?
L’année 2025 s’ouvre dans un climat politique mondial préoccupant. La montée en puissance des partis de droite, souvent marquée par des discours réactionnaires et conservateurs, met en péril de nombreuses avancées en matière de droits humains, et en particulier ceux des personnes LGBTQIA+. Nous observons déjà des reculs inquiétants dans plusieurs pays : remises en question des droits des personnes trans, restrictions sur l’accès aux soins, attaques contre les espaces de soutien et d’accueil… Même en Suisse, où nous avons vu des avancées significatives ces dernières années, rien n’est jamais acquis.
Face à ces enjeux, la mission du Refuge Genève est plus importante que jamais. Offrir un espace sécurisant aux jeunes LGBTQIA+, leur permettre de se construire, de s’affirmer et d’être entendu.e.x.s reste notre mission prioritaire. Mais au-delà de l’accompagnement, nous devons aussi continuer à rendre visible cette réalité, à sensibiliser le grand public et à lutter contre les discriminations.
En 2025, nous nous devons de renforcer notre présence, de multiplier les actions de sensibilisation et de rappeler que les droits des personnes LGBTQIA+ ne sont pas négociables. Lutter contre l’invisibilisation, c’est aussi garantir un avenir où chaque jeune peut vivre librement, sans crainte et avec dignité.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ?
Ce qui me plaît le plus dans mon travail, c’est avant tout l’accueil des jeunes. Chaque jour, je rencontre des personnalités uniques, avec leurs parcours, leurs questionnements, leurs forces et leurs vulnérabilités. Pouvoir leur offrir un espace sécurisant, bienveillant et sans jugement, où ils peuvent être eux-mêmes, c’est ce qui fait réellement sens pour moi dans le travail social.
J’aime aussi le fait de travailler avec une équipe soudée, où la confiance et le soutien mutuel sont au cœur de notre dynamique. Notre équipe est constituée de profils différents et compatibles. Ensemble, nous construisons un espace d’accueil vivant et chaleureux, où chaque jeune peut trouver du réconfort et du soutien.
Enfin, ce travail me permet de visibiliser une thématique qui me tient particulièrement à cœur : les droits et la place des personnes LGBTQIA+ dans la société. À travers l’accompagnement, les échanges et les actions que nous menons, nous contribuons à faire entendre ces voix et à lutter contre l’invisibilisation
Penses-tu que le trend actuel à l’égard des jeunes LGBTIQ+ est positif en Suisse et à Genève?
Ces dernières années, la Suisse et Genève ont connu des avancées importantes en matière de droits pour les personnes LGBTQIA+, mais le climat actuel reste inquiétant. Avec la montée des idées de droite, on assiste à une libération de la parole homophobe et transphobe, comme si certaines personnes se sentaient désormais légitimées à exprimer ouvertement leur rejet des identités LGBTQIA+.
Un des discours qui revient souvent est l’idée que la transidentité ne serait qu’un « effet de mode ». Cette vision simpliste et fausse invisibilise complètement les réalités des personnes concernées et minimise les défis qu’elles rencontrent au quotidien. Être trans, non-binaire ou queer n’a rien d’une tendance passagère : c’est une réalité vécue, qui a toujours existé et qui mérite d’être reconnu.
C’est pourquoi nous devons redoubler d’efforts en matière de sensibilisation. Il est essentiel de continuer à informer, à partager des témoignages et à rappeler que les droits des personnes LGBTQIA+ ne sont pas acquis. Tant que des jeunes, et les personnes de la communauté, auront peur d’être eux-mêmes, tant que certains subiront de la discrimination ou des violences, nous devrons rester mobilisé.x.s.