3 questions à Rémy Pradier, membre de l’équipe du Refuge Genève, un service de Dialogai. Après un parcours riche en expériences variées et des voyages autour du monde, il s’est orienté vers le social, une vocation de longue date. Rémy partage son engagement auprès des jeunes LGBTIQ+, son rôle polyvalent au sein du Refuge et sa vision pour l’avenir de cette structure unique à Genève et en Suisse.
Quel est ton parcours ?
J’ai pendant une petite dizaine d’année voyagé autour de la planète et vécu dans différents endroits où j’ai pu aiguiser ma vision du monde. J’ai exercé dans des secteurs très différents comme la restauration, le tourisme, la photographie puis le médical et ai finalement orienté ma carrière dans le social. Depuis le départ c’est la branche qui me trottait dans la tête mais j’imagine que j’avais d’abord besoin de me comprendre et de découvrir d’autres manières de vivre, différentes cultures avant de me plonger dans l’aide à la personne.
J’ai tout de même parsemé la relation à l’autre tout au long de ce parcours tant en voyageant qu’en exerçant dans des métiers où un fort aspect social est de mise. Lentement mais sûrement je me suis donc approché du métier d’éducateur social. Les choses se sont concrétisées il y a quatre ans en prenant un poste d’éducateur au sein d’un foyer Lausannois pour la protection des mineurs, ont suivi les bancs d’école, puis, j’ai vu passer une annonce pour le Refuge Genève en octobre 2023 et j’ai tenté ma chance.
Je parle de chance car c’est la seule structure en Suisse qui propose une telle formule, l’équipe est petite, nous sommes cinq au total, le mandat est précis et le cahier des charges dépasse les murs de l’association, ce qui pour moi est primordial.
En quoi consiste ton travail au Refuge Genève ?
Je termine mon diplôme cette année scolaire, au mois de juin 2025 via l’école supérieure « ARPIH » à Yverdon-les-Bains. C’est donc la dernière année et le fait d’avoir changé de lieu de formation m’a permis d’ajouter des cordes à mon arc.
De plus, j’ai eu un poste un peu hybride au départ au sein du Refuge Genève, j’ai d’abord exercé sur l’accueil de jour, afin d’apprivoiser les jeune-x-s, les murs, l’équipe et les valeurs de ce lieu unique. Puis j’ai progressivement basculé sur la partie des suivis individuels proposés au Refuge Genève. En parallèle, je m’occupe également de l’accompagnement des hébergés (3 maximum). Evidemment, je suis accompagné et soutenu dans toutes ces tâches même si je bénéficie d’une grande liberté.
J’apprécie la complémentarité de ces trois casquettes bien qu’elles soient en apparence distinctes, elles permettent une vision globale et une approche complète des jeune-x-s qui poussent la porte du Refuge.
L’accueil de jour s’apparente à une maison de quartier, c’est un lieu très cozy où les jeune-x-s peuvent venir se détendre autour d’un thé, bouquiner dans le coin lecture, se préparer un repas en cuisine, jouer à des jeux de société ou encore prendre un temps pour ielleux dans la salle calme. Une ligne éducative est bien évidemment présente, nous nous devons de faire en sorte que chacun-e-x y trouve son compte, son espace et veillons à ce que l’énergie du groupe présent soit bienveillante, flexible et encadrante à la fois.
Les sujets plus profonds sont abordés lors des suivis individuels, ces entretiens sont très variés, il peut s’agir de simples questionnements autour de l’identité de genre ou de l’orientation sexuelle, de réfléchir à son coming-out, de parler de son processus personnel ou encore de déposer ses situations compliquées. Ces suivis vont au rythme des jeune-x-s, il n’y a pas d’obligation de se voir de manière régulière et nous portons une grande importance au fait que les jeune-x-s soient acteurixes de leur propre histoire, effectivement, l’enjeu est de faire émerger en ielleux leurs ressources personnelles et les motiver à les actionner.
Pour ce qui est de l’hébergement, c’est encore autre chose, il s’agit d’un appartement pour trois personnes, âgées de 18 à 25ans sans aucune autre ressource de logement à cause d’un rejet en lien avec son identité de genre ou orientation sexuelle. Le bail dure six mois, il est renouvelé chaque fin de mois. Dès son entrée dans le logement laex jeune se fixe des objectifs liés à sa demande d’hébergement, puis chaque mois iel en refixe de nouveaux ou reporte les précédents. La période est très courte, il faut donc que les jeune-x-s soient pro-active-x-s dans la collaboration avec l’équipe. C’est comme un logement relai, qui fait office de passage vers un après, or, le temps est imparti et il s’agit d’un vrai défi.
Selon toi, quels seront les grands enjeux pour le Refuge Genève en 2025 ?
En 2025, le Refuge Genève aura dix ans ! C’est un sacré jalon et il me semble que le chiffre 10 vient renforcer le service et lui apporte pérennité et crédibilité aux yeux de tousxtes. L’enjeu, je dirai, serait de maintenir les activités proposées et que les prestations soient davantage comprises, effectivement, il n’est pas toujours très clair, même pour les professionnel-le-x-s sociaux genevois, de comprendre ce que nous proposons.
Pour ma part, j’aimerai que l’hébergement s’agrandisse afin d’apporter une plus grande aide encore à la communauté LGBTIQ+. Il n’y a pas ou peu de propositions adaptées aux vécus des personnes LGBTIQ+ et c’est un réel problème. C’est une communauté qui vit déjà le rejet, la discrimination au sein des sphères familiales, scolaires, professionnelles, etc. et est ainsi fragilisée ou sujette à avoir une santé mentale affectée puis je pense que l’aide sociale ne devrait pas être un terrain discriminant supplémentaire, pourtant, on marche encore sur des œufs et il faut encore devoir raconter son histoire et se mettre à nu afin de gagner l’empathie puis l’aide de certains services.
En ce qui me concerne, je rêverai d’un immeuble entier avec plein de petits appartements à disposition de la communauté, qui donnerait aux bailleurixes le temps de rebondir, de se reconstruire, de s’apprivoiser, de s’aligner, de vivre.