La croisade anti-mariage pour tous passe la frontière. Deux petits articles parus récemment adapte à la sauce suisse les postulats homophobes qui alimentent la campagne de la droite réactionnaire et intégriste française.
L’avocat Marc Bonnant ((Les noces de Sodome… – Matin Dimanche du 02/12/2012 pas consultable sur le site du journal) et le théologien Denis Müller («Mariage pour tous»: bonne nouvelle ou Kindersurprise? – Le Matin.ch du 29/11/2012) tire à boulets rouges sur l’idée d’un mariage pour tous en Suisse.
Les arguments ne sont pas toujours légers !!!
« Tout le monde n’a pas la chance d’être homosexuel…
Il y a deux cents ans, on allumait les bûchers de Sodome et Gomorrhe; il y a quelques décennies à peine, l’homosexualité était considérée comme une névrose obsessionnelle ou un trouble mental …
Aujourd’hui, être gay est un « must »…
Le mariage homosexuel est une pratique stérile et socialement nocive » ( Marc Bonnant)
« Sous couvert de générosité et de tolérance, c’est une triple tromperie: pour les gays et les lesbiennes, pour les couples hétérosexuels et, last but not least , pour les enfants, censés être les gagnants principaux de l’opération. Elle (la Suisse) a compris, comme l’atteste l’excellente loi sur le partenariat entre personnes du même sexe, que parler d’égalité et de respect ne signifie pas tout mélanger et aplanir toute différenciation entre des statuts incomparables » (Denis Müller)
A provocation, réaction …
Jean-Marc Guinchard, dans son blog, répond à Marc Bonnant :
« Non, Monsieur Bonnant, être gay n’est pas un must, sauf peut être pour quelques artistes au faîte de leur gloire. Ce ne l’est même pas pour de grands sporitfs connus qui hésitent à afficher leur différence et leur sensibilité.
Votre affirmation nie la difficultés des jeunes gays, en particulier, qui subissent force quolibets, insultes et mépris dans les cours de récréation, les clubs sportifs et les casernes. Cet avis de votre part, émis à brûle pourpoint, sans réflexion, nie la réalité et le nombre élevé de suicides de jeunes gays qui, sentant leur différence, n’arrivent pas à l’assumer et se donnent la mort, en proie à une tristesse meurtrière.
Vous niez de même la difficulté des gays de se faire accepter sur leurs lieux de travail, même dans des pays occidentaux.
Comme d’habitude, vous profitez de la tribune dominicale qui vous est offerte par le Matin pour priviligier le verbe et sa beauté, et ici sans connaître le fond du problème.
Ceci est méprisant et méprisable, indigne. »
Alicia Parel, secrétaire nationale de Pinkcross, répond à Denis Müller :
« …les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transidentitaires n’ont que faire de la tolérance ou de la générosité. La tolérance à notre endroit est généralement un sentiment fondé sur la pitié. Nous ne demandons pas la générosité, juste une équivalence en droit et en fait, fondée sur notre appartenance à l’espèce humaine … »
Elle cite le rapport de la commission de la Justice du sénat belge de 2002, préparant l’ouverture du mariage pour tous :
« Sur le plan légal, la doctrine et la jurisprudence belge d’avant 2003 ont toujours considéré que la différence de sexe était une condition positive de la conclusion du mariage.
La logique sous-jacente à ce point de vue partait de l’idée que le but du mariage est la procréation. Puisque des personnes du même sexe ne sont pas en mesure de procréer ensemble, la doctrine et la jurisprudence ont considéré que les conjoints devaient être de sexe différent.
Force est de constater aujourd’hui que cette explication est dépassée. En effet, des enfants sont conçus et naissent aussi bien dans le mariage qu’en-dehors de celui-ci, et beaucoup de couples mariés ne considèrent plus la procréation comme la finalité essentielle du mariage.
Dans notre société contemporaine, le mariage est vécu et ressenti comme une relation formelle entre deux personnes, ayant comme but principal la création d’une communauté de vie durable .
… Aujourd’hui, notre société a évolué dans un sens tel qu’il ne reste aucun motif pour refuser à une personne la possibilité de se marier sur les seules bases de son sexe et de ses affinités sexuelles. »
En parodiant Alicia Parel, nous posons à Marc Bonnant et Denis Müller une seule question : « Pensez-vous que les Suisses sont moins intelligents que les Belges? » pour qu’ils ne comprennent pas que vous pratiquez un amalgame systématique entre morale religieuse et justice sociale et que sous vos couverts de réthorique brillante et de bonhomie protestante vous n’incitez qu’à l’obscurantisme et à la discrimination.