Conférence de Vienne: petit bilan
Près de 20 000 participants de 200 pays du monde entier, 250 sessions, 6300 posters présentés, 1300 journalistes, la XVIIIe conférence internationale sur le VIH/sida de Vienne s’est terminée vendredi dernier dans une ambiance morose, sur fond de crise mondiale.
Cri d’alarme à l’Est
Les représentants de l’Europe de l’Est étaient nombreux à la conférence de Vienne, d’ailleurs intégralement traduite en russe. Ils ont alerté la communauté internationale sur l’urgence d’une véritable politique de prévention en matière de lutte contre le VIH dans les pays de l’ex-bloc soviétique, et notamment à destination des utilisateurs de drogues injectables. Ils ont demandé aux bailleurs de financer des programmes et aux politiques de faire pression sur les décideurs locaux et régionaux, particulièrement en Russie. Des interventions émouvantes au cri de « We dying less but we dying faster » (« Nous mourrons moins (nombreux) mais nous mourrons plus vite ») qui ont rappelé que cette région du monde est désormais la seule à connaître une augmentation explosive de l’épidémie au VIH/sida.
HSH, éternels oubliés ?
Le thème de cette conférence de Vienne : « des droits ici et maintenant » a mis l’accent sur les personnes vulnérables, les séropositifs, les prisonniers, les travailleurs du sexe, les homosexuels et les transsexuels. Neuf HSH (hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes) sur dix n’ont pas accès aux traitements, à cause essentiellement de la discrimination qu’ils subissent. Partout dans le monde, et notamment en Afrique, les HSH paient pourtant un lourd tribut au VIH et sont au cœur de l’épidémie, avec une prévalence en moyenne 25 fois plus élevée que dans la population générale.
80 pays dans le monde criminalisent l’homosexualité et certains la punissent de mort. Un climat répressif qui complique considérablement la tâche des Organisations internationales. De nombreux orateurs, tel Michel Sidibé, Directeur Exécutif d’ONUSIDA, ont ainsi rappelé le lourd poids du stigmate et de l’homophobie dans l’épidémie au VIH : « Notre objectif de SIDA zéro ne verra jamais le jour sans que nous ne mettions un terme à la criminalisation des gens en raison de leur orientation sexuelle. » Un point de vue accrédité par les chiffres d’une étude présentée lors de la pré-conférence MSM du 17 juillet. Selon le Centre John Hopkins pour la Santé publique et les Droits humains, qui a comparé les épidémies au VIH parmi les HSH durant l'année 2010 dans différentes régions de la planète, améliorer les niveaux de prévention et l’accès aux traitements pour les HSH entraînerait partout une baisse significative des contaminations, non seulement chez les HSH, mais aussi dans la population générale.
Malgré cela, peu de sessions étaient consacrées au sujet à Vienne, en dehors naturellement de la pré-conférence MSM réalisée en marge de la conférence principale par le MSM Global Forum. Il paraît donc urgent que la question HSH prenne toute sa place dans la politique de lutte contre le VIH des états. Dans ces moments financièrement difficiles, le Fond mondial contre le VIH, la Tuberculose et la Malaria aura certainement des choix à faire dans les programmes qu’il finance. Peut-être que la promotion des droits humains, et notamment des personnes LGBT, fera-t’elle partie des critères de choix ? Son directeur, Michel Kazatchkine, a en tout cas réaffirmé cette volonté.
Pas de microbicide pour les gays
Une des découvertes scientifiques présentées à Vienne est un nouveau gel microbicide à base de Ténofovir, un anti-rétroviral bien connu. Ce qui rend cette découverte si excitante est que, jusqu’à présent, les études sur les microbicides n’avaient pas montré de réduction du risque d’infection. Pire: certains entraînaient des surcontaminations, en fragilisant les muqueuses. L’étude Caprisa, menée sur plus de 800 femmes en Afrique du Sud, montre pour la première fois une réduction du risque de contamination de 54%.
Le produit n’a pas été testé chez les gays en application rectale. De nombreux paramètres pourront influencer son efficacité, tels que l’acidité différente de la muqueuse rectale par rapport à la muqueuse vaginale, ou encore la pratique de lavements juste avant les rapports anaux. En fait les scientifiques sont sceptiques sur l’obtention d’un microbicide efficace lors des rapports anaux avant l’horizon 2020.
Traitement 2.0
Un des enjeux majeurs de cette conférence a été l’utilisation des traitements comme moyen de prévention. Depuis la déclaration suisse de 2008, de nombreuses études ont publiées sur le sujet et il est désormais acquis que les traitements réduisent considérablement les risques de contamination. La généralisation des traitements semble donc un moyen efficace d’enrayer l’épidémie au VIH, particulièrement dans les pays et dans les sous-populations où la prévention marque le pas.
On parle aujourd’hui de traitement 2.0, c’est-à-dire, comme le précise le dernier rapport de l’ONUSIDA, une plate-forme de traitement du VIH radicalement simplifiée qui pourrait permettre de réduire considérablement le nombre de décès liés au sida et diminuer fortement le nombre de nouvelles infections. Certains spécialistes, menés par le Professeur Hirschel, tablent même sur une éradication complète du VIH à moyen terme, restant cependant très prudents dans leurs prévisions. De leur propre aveu, il reste encore de nombreux obstacles à franchir avant cela, la question du coût d’un tel projet n’étant pas des moindres.
Financements en berne
Reste que les financements sont en forte baisse et que, dans ces conditions, la généralisation du traitement en vue d’une éradication complète du VIH reste, à moyen terme, une vision qui paraît illusoire.
De nombreux acteurs de la lutte contre le VIH ont appelé au soutien du Fond Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ce message s’adresse notamment aux membres du G8 qui pour la première fois démissionnent de leurs responsabilités. Symbole de ce désengagement des états, le gouvernement Autrichien, qui accueillait cette conférence, vient d’annoncer qu’il renonçait à tout financement cette année encore.
Face à cette crise financière, certains, comme l’ancien président Bill Clinton et le magnat de l’informatique Bill Gates, aujourd’hui grands donateurs, appellent à une meilleure utilisation de l’argent et à une réflexion à tous les niveaux pour une optimisation de la lutte. Un message qui s’adresse peut-être au Fond mondial lui-même ?
La XIXe conférence internationale sur le VIH/sida aura lieu en 2012 à Washington, alors que les États-Unis sont, et de loin, les premiers financeurs du Fond mondial et que le président Barack Obama annonçait, dans un message adressé aux participants de Vienne, une nouvelle rallonge budgétaire. Tout un symbole…
Les représentants de l’Europe de l’Est étaient nombreux à la conférence de Vienne, d’ailleurs intégralement traduite en russe. Ils ont alerté la communauté internationale sur l’urgence d’une véritable politique de prévention en matière de lutte contre le VIH dans les pays de l’ex-bloc soviétique, et notamment à destination des utilisateurs de drogues injectables. Ils ont demandé aux bailleurs de financer des programmes et aux politiques de faire pression sur les décideurs locaux et régionaux, particulièrement en Russie. Des interventions émouvantes au cri de « We dying less but we dying faster » (« Nous mourrons moins (nombreux) mais nous mourrons plus vite ») qui ont rappelé que cette région du monde est désormais la seule à connaître une augmentation explosive de l’épidémie au VIH/sida.
HSH, éternels oubliés ?
Le thème de cette conférence de Vienne : « des droits ici et maintenant » a mis l’accent sur les personnes vulnérables, les séropositifs, les prisonniers, les travailleurs du sexe, les homosexuels et les transsexuels. Neuf HSH (hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes) sur dix n’ont pas accès aux traitements, à cause essentiellement de la discrimination qu’ils subissent. Partout dans le monde, et notamment en Afrique, les HSH paient pourtant un lourd tribut au VIH et sont au cœur de l’épidémie, avec une prévalence en moyenne 25 fois plus élevée que dans la population générale.
80 pays dans le monde criminalisent l’homosexualité et certains la punissent de mort. Un climat répressif qui complique considérablement la tâche des Organisations internationales. De nombreux orateurs, tel Michel Sidibé, Directeur Exécutif d’ONUSIDA, ont ainsi rappelé le lourd poids du stigmate et de l’homophobie dans l’épidémie au VIH : « Notre objectif de SIDA zéro ne verra jamais le jour sans que nous ne mettions un terme à la criminalisation des gens en raison de leur orientation sexuelle. » Un point de vue accrédité par les chiffres d’une étude présentée lors de la pré-conférence MSM du 17 juillet. Selon le Centre John Hopkins pour la Santé publique et les Droits humains, qui a comparé les épidémies au VIH parmi les HSH durant l'année 2010 dans différentes régions de la planète, améliorer les niveaux de prévention et l’accès aux traitements pour les HSH entraînerait partout une baisse significative des contaminations, non seulement chez les HSH, mais aussi dans la population générale.
Malgré cela, peu de sessions étaient consacrées au sujet à Vienne, en dehors naturellement de la pré-conférence MSM réalisée en marge de la conférence principale par le MSM Global Forum. Il paraît donc urgent que la question HSH prenne toute sa place dans la politique de lutte contre le VIH des états. Dans ces moments financièrement difficiles, le Fond mondial contre le VIH, la Tuberculose et la Malaria aura certainement des choix à faire dans les programmes qu’il finance. Peut-être que la promotion des droits humains, et notamment des personnes LGBT, fera-t’elle partie des critères de choix ? Son directeur, Michel Kazatchkine, a en tout cas réaffirmé cette volonté.
Pas de microbicide pour les gays
Une des découvertes scientifiques présentées à Vienne est un nouveau gel microbicide à base de Ténofovir, un anti-rétroviral bien connu. Ce qui rend cette découverte si excitante est que, jusqu’à présent, les études sur les microbicides n’avaient pas montré de réduction du risque d’infection. Pire: certains entraînaient des surcontaminations, en fragilisant les muqueuses. L’étude Caprisa, menée sur plus de 800 femmes en Afrique du Sud, montre pour la première fois une réduction du risque de contamination de 54%.
Le produit n’a pas été testé chez les gays en application rectale. De nombreux paramètres pourront influencer son efficacité, tels que l’acidité différente de la muqueuse rectale par rapport à la muqueuse vaginale, ou encore la pratique de lavements juste avant les rapports anaux. En fait les scientifiques sont sceptiques sur l’obtention d’un microbicide efficace lors des rapports anaux avant l’horizon 2020.
Traitement 2.0
Un des enjeux majeurs de cette conférence a été l’utilisation des traitements comme moyen de prévention. Depuis la déclaration suisse de 2008, de nombreuses études ont publiées sur le sujet et il est désormais acquis que les traitements réduisent considérablement les risques de contamination. La généralisation des traitements semble donc un moyen efficace d’enrayer l’épidémie au VIH, particulièrement dans les pays et dans les sous-populations où la prévention marque le pas.
On parle aujourd’hui de traitement 2.0, c’est-à-dire, comme le précise le dernier rapport de l’ONUSIDA, une plate-forme de traitement du VIH radicalement simplifiée qui pourrait permettre de réduire considérablement le nombre de décès liés au sida et diminuer fortement le nombre de nouvelles infections. Certains spécialistes, menés par le Professeur Hirschel, tablent même sur une éradication complète du VIH à moyen terme, restant cependant très prudents dans leurs prévisions. De leur propre aveu, il reste encore de nombreux obstacles à franchir avant cela, la question du coût d’un tel projet n’étant pas des moindres.
Financements en berne
Reste que les financements sont en forte baisse et que, dans ces conditions, la généralisation du traitement en vue d’une éradication complète du VIH reste, à moyen terme, une vision qui paraît illusoire.
De nombreux acteurs de la lutte contre le VIH ont appelé au soutien du Fond Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ce message s’adresse notamment aux membres du G8 qui pour la première fois démissionnent de leurs responsabilités. Symbole de ce désengagement des états, le gouvernement Autrichien, qui accueillait cette conférence, vient d’annoncer qu’il renonçait à tout financement cette année encore.
Face à cette crise financière, certains, comme l’ancien président Bill Clinton et le magnat de l’informatique Bill Gates, aujourd’hui grands donateurs, appellent à une meilleure utilisation de l’argent et à une réflexion à tous les niveaux pour une optimisation de la lutte. Un message qui s’adresse peut-être au Fond mondial lui-même ?
La XIXe conférence internationale sur le VIH/sida aura lieu en 2012 à Washington, alors que les États-Unis sont, et de loin, les premiers financeurs du Fond mondial et que le président Barack Obama annonçait, dans un message adressé aux participants de Vienne, une nouvelle rallonge budgétaire. Tout un symbole…





